Deepfake

Deepfake Pornographique : Vos Recours en France [Loi 2024]

Victime d'un deepfake pornographique ? 96% des deepfakes sont à caractère sexuel. Depuis la loi du 21 mai 2024, c'est un délit puni de 3 ans de prison. Voici comment agir : signalement, preuves, plainte.

C
CONSENTRY
Équipe éditoriale
21 janvier 2026
14 min de lecture
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Tu viens de découvrir ton visage sur une vidéo ou image pornographique que tu n'as jamais tournée. C'est un deepfake — une manipulation par intelligence artificielle qui utilise ton image pour créer du contenu sexuel sans ton consentement. C'est violent. C'est traumatisant. Et surtout : c'est illégal. Depuis mai 2024, la France a renforcé son arsenal juridique. Voici exactement ce que tu peux faire.

L'ampleur du fléau : des chiffres alarmants

Les deepfakes pornographiques ne sont pas un phénomène marginal. Selon Sensity AI, leader mondial de la détection de contenus synthétiques :

📊 Statistiques sur les deepfakes (2024-2025)

  • 96% des deepfakes sont pornographiques (Deeptrace)
  • 99% des victimes sont des femmes
  • 275 000+ deepfakes pornographiques accessibles fin 2023 (Genevieve Oh)
  • +780% d'incidents liés aux deepfakes en Europe en 2023
  • 28 767 cas de sextorsion signalés en France en 2024 (x2,4 vs 2023)

Comme le souligne Laure Salmona de l'association Féministes vs Cyberharcèlement : « Le montage pornographique existe depuis toujours, mais les deepfakes, c'est assez récent. Depuis 2023, ça a pris une grosse ampleur. »

La loi du 21 mai 2024 : un tournant

Bonne nouvelle : la France a réagi. La loi n°2024-449 du 21 mai 2024 (dite loi SREN) crée un délit spécifique pour les deepfakes.

Le nouveau cadre pénal

Infraction Article du Code pénal Sanction
Création de deepfake sans consentement Art. 226-8 2 ans + 60 000 €
Deepfake à caractère sexuel Art. 226-8-1 2 ans + 60 000 €
Diffusion en ligne d'un deepfake sexuel Art. 226-8-1 al. 2 3 ans + 75 000 €

🎯 Ce que change la loi de 2024

Avant cette loi, il fallait jongler entre plusieurs textes (atteinte à la vie privée, droit à l'image, revenge porn). Désormais, la création même d'un deepfake à caractère sexuel est un délit, même sans diffusion. C'est une avancée majeure.

Les autres protections légales

En plus du nouveau délit spécifique, tu peux invoquer :

  • Article 9 du Code civil — Droit à l'image et respect de la vie privée
  • Article 226-1 du Code pénal — Atteinte à l'intimité de la vie privée (1 an + 45 000 €)
  • Article 226-2-1 du Code pénal — Revenge porn (2 ans + 60 000 €, si applicable)
  • RGPD — Traitement illégal de données personnelles (ton image)

Que faire si tu es victime ? Les 6 étapes

Étape 1 : Ne supprime RIEN, documente TOUT

Premier réflexe : collecter les preuves avant qu'elles disparaissent.

  • 📸 Captures d'écran avec URL visible et date
  • 📹 Enregistrement vidéo de ton écran si c'est une vidéo
  • 🔗 URLs exactes des contenus (copie le lien)
  • 👤 Profils des diffuseurs (screenshots de leurs comptes)
  • 💬 Commentaires et interactions (preuve du préjudice)

⚠️ Conseil crucial

Si possible, fais constater les contenus par un huissier de justice. C'est payant (150-500€) mais ça donne une valeur probante maximale. Certains huissiers sont spécialisés dans les constats internet.

Étape 2 : Signale sur PHAROS

La plateforme gouvernementale PHAROS (Plateforme d'Harmonisation, d'Analyse, de Recoupement et d'Orientation des Signalements) est le point d'entrée officiel.

Comment signaler :

  1. Va sur internet-signalement.gouv.fr
  2. Clique sur « Signaler »
  3. Choisis la catégorie « Atteinte aux mineurs » ou « Autre contenu illicite »
  4. Remplis le formulaire avec les URL et ta description
  5. Ton signalement sera traité par un policier ou gendarme

Étape 3 : Demande le retrait aux plateformes

Chaque plateforme a une procédure de signalement. Utilise-les en parallèle de PHAROS :

Plateforme Procédure
Instagram Formulaire nudité non consentie
Facebook Signalement image intime
X (Twitter) Signalement média intime
TikTok Signalement via l'app → Nudité/activité sexuelle
Sites porno Page « DMCA » ou « Report abuse » du site

Étape 4 : Utilise StopNCII.org (pour les majeurs)

StopNCII.org est un outil gratuit créé par le Revenge Porn Helpline UK. Tu peux :

  1. Générer une empreinte (hash) de l'image problématique sans jamais l'envoyer
  2. Cette empreinte est partagée avec les plateformes partenaires (Facebook, Instagram, TikTok, etc.)
  3. Les plateformes détectent et retirent automatiquement les copies

Étape 5 : Dépose plainte

Tu as trois options pour porter plainte :

Option 1 : Commissariat ou gendarmerie

Présente-toi avec toutes tes preuves imprimées ou sur clé USB. Demande explicitement à déposer plainte (pas une simple « main courante »).

Option 2 : Plainte en ligne

Via le site Ma Sécurité ou Pré-plainte en ligne.

Option 3 : Plainte directe au procureur

Tu peux écrire directement au Procureur de la République du tribunal judiciaire de ton domicile ou du lieu de l'infraction.

📋 Modèle de plainte au procureur

À l'attention de Monsieur/Madame le Procureur de la République
Tribunal Judiciaire de [VILLE]
[ADRESSE DU TRIBUNAL]

Objet : Plainte pour création et diffusion de deepfake à caractère sexuel
(Articles 226-8-1 du Code pénal)

Madame, Monsieur le Procureur,

Je soussigné(e) [PRÉNOM NOM], né(e) le [DATE] à [LIEU],
demeurant [ADRESSE], porte plainte contre X pour les faits suivants :

EXPOSÉ DES FAITS :

Le [DATE DE DÉCOUVERTE], j'ai découvert qu'une image/vidéo à caractère
pornographique utilisant mon visage sans mon consentement circulait sur
internet, notamment à l'adresse suivante : [URL]

Ce contenu est un « deepfake » — une image/vidéo générée par intelligence
artificielle utilisant mon image sans mon autorisation. Je n'ai JAMAIS
participé à la création de ce contenu.

QUALIFICATION JURIDIQUE :

Ces faits constituent les infractions suivantes :
- Création et diffusion de deepfake à caractère sexuel
  (Art. 226-8-1 Code pénal) : 3 ans + 75 000 €
- Atteinte à l'intimité de la vie privée (Art. 226-1 Code pénal)
- Atteinte au droit à l'image (Art. 9 Code civil)

PREUVES JOINTES :

1. Captures d'écran horodatées du contenu illicite
2. URLs des publications
3. [Certificat d'antériorité CONSENTRY de mes photos originales]
4. [Constat d'huissier le cas échéant]

PRÉJUDICE :

Ce deepfake m'a causé un préjudice moral considérable :
[décrire l'impact sur ta vie, anxiété, répercussions professionnelles, etc.]

Je me constitue partie civile et demande :
- La suppression immédiate des contenus
- L'identification et la poursuite des auteurs
- Des dommages-intérêts pour le préjudice subi

Je reste à votre disposition pour tout complément d'information.

Fait à [VILLE], le [DATE]

[SIGNATURE]

Étape 6 : Contacte une association

Tu n'es pas seul(e). Ces associations peuvent t'aider gratuitement :

  • 30 18 — Numéro gratuit et confidentiel pour les violences numériques
  • StopFisha — Association spécialisée dans le cyberharcèlement sexiste
  • Point de Contact — Lutte contre les contenus illégaux en ligne
  • e-Enfance — Si la victime est mineure

Comment détecter un deepfake ?

Même si les deepfakes sont de plus en plus réalistes, des outils existent pour les démasquer.

Outils de détection

Outil Précision Utilisation
Sensity AI Leader du marché API pour entreprises, analyse multicouche
Microsoft Video Authenticator Temps réel Détection des frontières de fusion
Intel FakeCatcher 96% Analyse des flux sanguins (subtle cues)

Indices visuels à repérer

Un œil averti peut parfois repérer :

  • 👁️ Yeux — Clignements irréguliers, reflets incohérents
  • 👂 Oreilles — Formes asymétriques ou floues
  • 💇 Cheveux — Contours flous, mèches qui « fondent »
  • 🦷 Dents — Nombre incorrect, forme étrange
  • 🖼️ Arrière-plan — Distorsions au niveau du visage
  • 🎬 Mouvement — Micro-saccades non naturelles

Prévenir les deepfakes : protège ton image

La meilleure défense reste la prévention. Quelques mesures :

1. Limite l'exposition de tes photos

  • Paramètre tes réseaux en mode privé
  • Évite les photos en haute résolution de ton visage de face
  • Désactive la géolocalisation sur tes photos

2. Certifie tes images authentiques

En cas de deepfake, tu devras prouver que les images originales de ton visage t'appartiennent et existaient AVANT le contenu falsifié.

✅ La solution CONSENTRY

Avec CONSENTRY, tu peux :

  • 📜 Certifier l'antériorité de tes vraies photos avec un horodatage RFC 3161
  • 🔍 Créer une empreinte perceptuelle (pHash) de tes images authentiques
  • ⚖️ Bénéficier de la présomption de validité eIDAS en cas de procédure
  • 🛡️ Prouver que TES photos sont les originaux, pas les deepfakes

Protéger mes photos maintenant →

3. Surveille ton image en ligne

  • Configure des Google Alerts sur ton nom
  • Utilise régulièrement la recherche inversée d'images (Google Images, TinEye)
  • Vérifie les plateformes connues pour héberger des deepfakes

Cas récent : la vague Grok (fin 2025)

Fin 2025, le générateur d'images Grok (intégré à X, le réseau d'Elon Musk) a été massivement utilisé pour créer des deepfakes pornographiques. Des utilisateurs ont exploité l'outil pour « déshabiller » virtuellement des femmes sans leur consentement.

La réaction française a été rapide : plusieurs ministres ont effectué des signalements au procureur de la République et à PHAROS. Cet épisode montre que les recours existent et fonctionnent — à condition d'agir vite.

Les limites actuelles (soyons honnêtes)

Le cadre légal s'améliore, mais des obstacles persistent :

  • Sites hébergés à l'étranger — Difficiles à faire fermer
  • Anonymat des créateurs — Identifier l'auteur d'un deepfake est souvent impossible
  • Moyens de PHAROS limités — L'équipe manque de ressources humaines et financières
  • Rapidité de propagation — Le contenu peut se répliquer plus vite que les retraits

Comme le note Célia Zolynski, professeure de droit : « Pour améliorer la réponse pénale, il paraît important d'incriminer non seulement la diffusion mais aussi la création d'un deepfake à caractère sexuel. » C'est chose faite depuis mai 2024.

Questions fréquentes

Puis-je agir si je découvre un deepfake de moi des mois après sa diffusion ?

Oui. En France, le délai de prescription pour les délits est de 6 ans. Tu peux porter plainte même si le contenu date de plusieurs mois ou années, tant que tu es dans ce délai.

Et si je ne sais pas qui a créé le deepfake ?

Tu peux déposer plainte « contre X » (c'est-à-dire contre personne en particulier). L'enquête cherchera à identifier l'auteur. C'est souvent difficile, mais pas impossible — les traces numériques existent.

Le deepfake utilise mon visage mais pas mon corps réel. Est-ce quand même illégal ?

Absolument. L'article 226-8-1 du Code pénal vise spécifiquement la création de contenu sexuel utilisant l'image d'une personne sans son consentement. Peu importe que le corps soit réel ou synthétique.

Puis-je demander des dommages-intérêts ?

Oui, en te constituant partie civile. Le préjudice moral peut être indemnisé. Les montants dépendent de la gravité (diffusion large, impact sur la vie professionnelle, détresse psychologique, etc.).

Et si le créateur du deepfake est mineur ?

Les mineurs peuvent être poursuivis pénalement à partir de 13 ans (avec des peines adaptées). De nombreux cas dans les collèges et lycées ont donné lieu à des poursuites. La minorité n'est pas une excuse.

Conclusion : tu n'es pas impuissant(e)

Être victime d'un deepfake pornographique est une épreuve terrible. Mais tu n'es pas démuni(e) :

  1. La loi te protège — Depuis mai 2024, c'est un délit spécifique
  2. Les recours existent — PHAROS, plainte pénale, associations
  3. Les plateformes coopèrent — StopNCII, signalements directs
  4. La prévention est possible — Certifie tes images authentiques AVANT

Le plus important : ne reste pas seul(e). Parle-en. Appelle le 30 18. Contacte une association. Et agis.

🛡️ Protège ton image dès maintenant.
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